Après des mois de recherche d’emploi, je me pose désormais les questions suivantes : l’intelligence économique est-elle un concept franco-français ? Est-il possible de trouver du travail à l’étranger avec des connaissances basées sur ce concept ?
D’une manière générale, à la première question je suis tenté de répondre oui, à la deuxième de répondre non.
Surtout dans la mesure où la traduction du terme en Anglais pose problème. La traduction qui revient le plus souvent donne business intelligence, alors que la traduction la plus exacte serait plutôt competitive intelligence, tel que défini par Michael Porter en 1980 avec son ouvrage Competitive-Strategy: Techniques for Analyzing Industries and Competitors. Il est tout de même ironique d’avoir des difficultés à traduire en Anglais un concept qui a été le mieux défini par un anglophone…
Le fait est qu’en Anglais le(s) terme(s) competitive intelligence est rare et est souvent assimilé à business intelligence, ce qui explique aussi que intelligence économique soit le plus souvent traduit par business intelligence.
Pour quelqu’un qui comme moi recherche du travail dans des pays anglo-saxons, je crois pouvoir affirmer avec certitude que intelligence économique ≠ business intelligence.
Le concept d’intelligence économique tel qu’il est entendu en France, c’est quoi ?
Il y a (principalement) deux écoles : l’intelligence économique comme un outil pour faire prendre conscience aux entreprises de l’importance de la recherche et du traitement d’un certain nombre d’informations quand ces entreprises souhaitent par exemple se lancer sur un nouveau marché.
L’autre approche, c’est l’intelligence économique comme outil pour détecter et contrer les attaques informationnelles (information warfare) de la part de concurrents, organismes scientifiques, lobbies et autres acteurs d’un secteur. D’une manière générale, quelque chose qui a plus trait à la défense de l’image et du positionnement de l’entreprise sur son marché.
La première approche est plus centrée sur les PME, la deuxième approche plus utile aux grandes entreprises.
Dans tous les cas, le concept d’intelligence économique en France n’est pas basé sur de vraies techniques. Bien que tous les gens qui baignent dans le milieu le démentent avec ferveur, l’intelligence économique c’est de la théorie et son application pratique ne nécessite pas de compétences spécifiques autres qu’une sensibilisation rapide au concept et une bonne dose de bons sens.
Je ne dis pas que ce n’est pas utile, bien au contraire, mais comparons ceci au concept anglo-saxon.
Pour les anglo-saxons, les termes business intelligence désignent un ensemble de technologies et de logiciels ou plates-formes informatiques qui visent à collecter et traiter des données concernant tous les aspects de l’entreprise, ventes, production, stocks, achats, etc… Ces outils sont utilisés pour par exemple extrapoler, construire des modèles pour divers scénarios et optimiser les performances de l’entreprise. L’intégration et l’utilisation de ces outils nécessitent des connaissances en informatique très spécifiques et qui nécessitent des employés avec une formation adéquate. Ces outils sont bien sûr quasi-inutiles pour les PMEs.
Résumons :
- En France on a un concept d’intelligence économique assez théorique, qui pourrait bien sûr être très utile, surtout pour les PMEs, avec une définition qui est assez spécifique à la France. Pour ce qui concerne les outils de business intelligence comme Cognos ou Business Objects, ils sont apparemment très peu utilisés puisque les offres d’emplois pour des professionnels connaissant ces solutions sont très rares.
- Dans les pays anglo-saxons, le concept de business intelligence est très technique et tourne autour de l’exploitation de solutions informatiques avancées pour traiter des masses de données concernant le fonctionnement de l’entreprise. Les offres d’emplois pour des professionnels connaissant ces solutions foisonnent. Par contre, le concept d’intelligence économique traduit par competitive intelligence est quasi-inexistant.
Je me retrouve au milieu de tout ça avec un gros problème : j’ai un Master en Intelligence économique basé sur le modèle français, obtenu en France, et je cherche un travail à l’étranger (où je passe le plus clair de mon temps), principalement dans des pays anglo-saxons. Là où je pourrais éventuellement me vendre auprès de PME françaises, je n’ai absolument aucunes chances de vendre mon diplôme tel quel auprès d’entreprises anglo-saxonnes qui, elles, attendent des compétences techniques en informatique.
Si ça c’est pas des conditions difficiles…



Bonjour,
Et merci pour ce post exposant assez naturellement les problématiques liées à l’intégration des diplômés en intelligence sur le marché du travail, et encore plus à l’international.
Je partage ta difficulté à cerner le véritable marché de l’IE en France, tant il est diffus (beaucoup de petits acteurs) et divers (plusieurs formes d’IE sans que le terme ne soit clairement utilisé, même LexisNexis appele cela désormais “information and services solutions” en France).
Je partage également ton étonnement quant aux différentes compréhensions du terme “Intelligence économique” par les différents acteurs du marché. Par contre, il me semble désormais assez clair qu’au delà de la théorie (sur la protection du patrimoine informationnel, sur l’analyse des failles, sur la mise en place de processus de gestion de l’information global…), le vrai marché de l’IE se répartit en veille stratégique (70%), stratégie (15%), influence/lobbying (10%) et gestion de crise (5%).
Maintenant il n’en reste pas moins un marché et une profession passionnant. Le marché anglo-saxon est effectivement plus mûr que le français, il est plus exigent également et demande plus de compétences informatiques. Mais attention à la limite entre Business Intelligence et Competitive Intelligence, on est là sur deux pôles bien différents. Et je te garantis que les postes en CI existent bel et bien en Angleterre, aux US ou encore au Canada !
Je t’adresse donc tous mes encouragements dans ta démarche difficile mais courageuse, et espère que tu trouveras (as déjà trouvé ?) une mission à la hauteur de tes ambitions.
Verbal
C’est vrai que maintenant je suis quand même tenté de modérer un peu mon propos, il serait peut-être temps d’éditer mon message initial.
Je voudrais d’abord nuancer mon propos sur le fait que l’intelligence économique est “une théorie et son application pratique ne nécessite pas de compétences spécifiques”. Par compétences j’entends techniques/outils spécifiques. Bien sûr que ce n’est pas que de la théroie, que l’intelligence économique au sens français demande des compétences et un savoir particulier, mais le fait de ne pas être un expert Business Objects ou autres n’est pas du tout un facteur limitant pour un candidat sur le marché français.
Ma définition de l’intelligence économique en France telle qu’exposée dans ce post est tout à fait réductrice aussi.
Ensuite, le métier de Business Intelligence anglo-saxon n’a pas de vrai équivalent en France. Ca ne veut pas dire que ça n’existe pas, mais c’est assimilé au service informatique, et c’est assuré par des informaticiens.
Alors je n’ai pas dit que les postes en CI à l’étranger n’existaient pas, mais je pense qu’ils ne sont pas légions, surtout comparés aux postes en BI.
Je cherche encore un poste, avec en ce moment une possibilité pour un poste en Knowledge Management en Europe. J’éditerai mon billet quand j’aurai trouvé preneur !
my French is not good but is seem like a very nice web site, thanks
Bonjour,
J’ai lu avec beaucoup d’interet cet article car je suis dans le meme cas de figure, master en intelligence economique et compétitivité. C’est vrai que le concept D’IE est difficilement traductible en anglais. J’ai ce problème pour écrire ma these en Project Management (diplome etranger)dont le sujet est justement comment l’IE s’intègre dans le management du projets? vous comprenez mon dilemne donc…!
Comment trouver une corrélation entre l’IE version fr et l’IE version us/uk?
Bonjour i’d like to read that in english if it would be possible.
Personnellement moi aussi j’ai des difficultés pour la traduction en anglais.